Deux ans après, le Japon est toujours sur le fil du rasoir


Aujourd’hui nous marquons le deuxième anniversaire du plus gros tremblement de terre qu’ait subi le Japon, séisme qui a provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Deux ans après, on parle très peu de la centrale. J’étais moi-même, la semaine dernière, au Japon et il semble que tout soit rentré dans l’ordre. La vie à Tokyo continue, normale. Un peu comme dans les jours qui ont suivi le drame.

Mais en fait, rien, absolument rien n’est réglé. Les réacteurs de la centrale ne sont absolument pas sécurisés et il suffirait d’un autre tremblement de terre pour que, éventuellement, tout cela s’aggrave.

Tous les réacteurs nucléaires du Japon (sauf deux en ce moment) sont à l’arrêt et bien entendu, la population est contre leur redémarrage. Ceci dit, le gouvernement nippon avec, derrière lui, les lobbies industriels ne l’entendent pas de cette oreille et, petit à petit, préparent l’opinion publique à la nécessité de cette énergie. Moins discret, le PDG d’Areva, Luc Oursel a déjà claironné qu’au moins 6 centrales pourraient redémarrer en 2013 et l’entreprise se prépare à envoyer une nouvelle cargaison du diabolique MOX au Japon.

On croit vraiment rêver.

Je ne vais pas rentrer dans les détails mais, pour vous donner une simple idée de la complexité de la situation à Fukushima, il faut savoir qu’il y a des fuites d’eaux radioactives. Deux ans après la catastrophe, on n’a toujours pas pu déterminer d’où elles proviennent exactement, histoire de les colmater.

En attendant, comme on ne peut pas rejeter ces eaux hautement contaminées dans la mer, on les stocke tant bien que mal dans des cuves, au rythme de 400 m3 par jour. A ce jour, Tepco, l’entreprise propriétaire de la centrale, en a rempli des centaines qu’elle installe tout autour du site.

Si cela continue ainsi, dans deux ans, Tepco n’aura plus de place pour installer de nouvelles cuves. De plus, que faire de toute cette eau radioactive ? Pour l’instant, une solution sûre pour la décontaminer n’a pas été trouvée.

Ce petit exemple, l’un des moins grave auxquelles font face les équipes travaillant sur le site de la centrale, montrent bien toute la difficulté à résoudre quelque chose qui aurait pu être évité en amont, sans nucléaire.

Je termine en ayant une pensée pour toutes les familles japonaises déplacées, que ce soit autour de Fukushima ou plus au nord, là où le tsunami avait fait des ravages. Ce sont elles que nos dons ont pu modestement aider. La plupart ne sont toujours pas rentrées et beaucoup – surtout celles vivant autour de Fukushima – ne le pourront sans doute jamais.

La toute force de la nature sur notre planète doit nous rendre humble. Humble face à la beauté qu’elle peut créer mais aussi humble face à la violence qu’elle peut déchainer.

N’y ajoutons plus nos propres stupidités.

(Photo : AP/Kyodo)

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